Maison Koya, un lieu multi générationnel au Québec par Alain Carle Architecte

Le site fait partie d’un développement immobilier aux abords de la ville de Saint-Sauveur dans les Laurentides.

C’est une zone de deuxième périphérie de Montréal, où les occupants ont choisi de s’établir afin de combiner un mode de vie dans un contexte naturel (en montagne) avec les commodités d’une petite ville de région. Ils ont aussi choisi de faire de leur projet un lieu multi générationnel, en allouant des espaces pour les grands-parents et leurs enfants.

Il y a donc un rapport au temps qui pose une problématique intéressante pour la conception des espaces de cette résidence. L’architecte a dû s’intéresser à la nature changeante du programme, à la composition familiale et leur localisation dans ceux-ci étant appelée à changer dans le temps au sein de l’ensemble.

Le projet se tourne plutôt sur ce rapport au temps, en structurant un mode d’implantation lié aux caractéristiques topographiques plutôt qu’à une logique de maison unifamiliale en rangée, typique des zones suburbaines. La morphologie du projet distingue de façon matérielle les éléments plus permanents de la résidence, en béton, et les composantes plus éphémères en bois. Tel un bas-relief sculptural, les principaux axes de circulation sur le site deviennent les 2 axes de composition de l’ensemble. Différents murs de soutènement en béton, plateaux et escaliers de transitions installent une nouvelle topographie sur le site, une structuration déterminante pour la suite des choses. Des forages profonds de géothermie “ancrent” la composition dans la pérennité et adresse à sa façon les enjeux énergétiques, d’une manière métaphorique plutôt que strictement technique.

Trois volumes de bois sont alors déposés en apparence sur cette nouvelle topographie minérale afin de loger la part changeante du programme. Ils sont installés en porte-à-faux des ouvrages de béton, en situation instable, et pointent respectivement dans des directions opposées. Ainsi, cet ensemble se détache d’une composition conventionnelle de la maison unifamiliale suburbaine, avec une expression souvent très distincte entre les façades avant et arrière, au détriment complet des latérales. Maison Koya cherche plutôt à établir un rapport plus ouvert avec le site au sens large.

En configurant une cohérence formelle à l’ensemble, et en n’établissant aucune hiérarchie marquée par rapport au lieu, l’architecte établit une posture critique par rapport à l’hégémonie des normes urbanistiques semblables d’une ville à l’autre qui dictent au final des arrangements spatiaux uniformes, banalisant le rapport entre la vie et l’espace. La morphologie tente plutôt ici, par les multiples redents et petits sous-espaces extérieurs, d’établir une lecture diversifiée du paysage, sans égard à la structure des lots ou à une composante paysagère unique.

L’idée de privilégier un point de vue unique sur le paysage, (en observateur dominant), semble témoigner d’un problème récurrent de l’architecture, issue d’une pensée favorisant l’édifice en tant qu’objet. Dans cette perspective, les espaces sont en effet conçus en absence du réel tel qu’il s’offre, dans toute son ambiguïté et son impureté, légitimant une approche stylistique plutôt qu’une démarche basée sur l’altérité de la forme. Encore une fois, il ne s’agit pas de travailler l’ambiguïté pour l’ambiguïté, d’en faire un «style» en soi, mais plutôt d’accepter la part d’altérité qu’offre les configurations infinies du réel.

Les accès au bâtiment sont multiples et ne comportent pas de hiérarchisation spécifique. Dans une continuité avec le paysage, ces accès ont un rapport fluide avec les espaces intérieurs, où l’indifférenciation du système de circulation interne du bâtiment vise à engager un rapport non hiérarchique avec le paysage (voir ici le contexte typiquement suburbain des constructions environnantes).

Seul un espace central situé à l’intersection des trois constructions de bois constitue un lieu de convergence pour les trois générations habitant l’ensemble. Il agit métaphoriquement de lieu de rencontre, une «place publique» inscrite matériellement dans la permanence de la structure minérale : c’est le lieu fondateur de l’ensemble, inscrit dans le mouvement. Cette possibilité de déplacement entre les parties internes et externes du bâtiment engage un type d’usage ouvert, une possibilité de reconfiguration des occupations des espaces dans le temps, comme si chacune des trois constructions pouvaient être reconfigurée selon les changements d’usages.

D’une certaine manière, l’essence du projet réside dans le rapport entre la nécessité de créer une temporalité à toute oeuvre bâtie, d’inscrire le concept d’espace dans le temps, ou du moins dans l’anticipation de celui-ci.

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Photos : Raphaël Thibodeau

source : communiqué de presse v2com


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