Movimento, exposition de Francesca Piqueras à la Galerie de l’Europe à Paris

Francesca Piqueras, que l’on connaît pour ses photographies d’épaves abandonnées à la rouille, présente Galerie de l’Europe une nouvelle série très différente, qui s’inscrit néanmoins dans la continuité de ce travail.

C’est une même thématique, une même obsession que creuse et approfondit ici cette artiste à la démarche singulière, fascinée par le rapport que l’homme entretient avec la nature. Mais c’est vers le continent qu’elle a braqué, cette fois, son objectif, et sur les deux éléments fondamentaux que sont la pierre et l’eau.

Après s’être penchée au chevet de constructions humaines en déshérence sur les côtes du monde entier, elle se penche donc avec “Movimento” sur les montagnes blessées de la région de Carrare (Italie), que l’on ampute et que l’on débite depuis les étrusques pour s’en approprier le marbre, et sur les eaux emprisonnées et contraintes du fleuve Jaune, en Chine, que l’on enserre de béton pour s’en approprier l’énergie et en tirer de l’électricité. Non seulement Francesca Piqueras nous montre, sur des clichés séparés, les blessures de la roche et le jaillissement des eaux soudain libérées au cours de phénoménaux “lâchés” trisannuels, mais elle les confronte aussi dans des diptyques qui forment comme les deux faces d’un même martyr: d’un côté la plaie ouverte et, de l’autre, le sang qui jaillit.

Si la photographe nous confronte ici plus frontalement que dans ses précédentes séries aux stigmates de la civilisation industrielle, si ses images rendent plus palpable l’hécatombe écologique en cours, elles nous invitent, comme toujours, à porter notre regard au-delà des traces qu’elle nous montre. Car ces blocs de pierre que l’on arrache aux montagnes, ces fleuves dont on dévie le cours, tout cela s’inscrit pour elle dans un processus de construction – destruction qui se joue à l’échelle cosmique et qu’elle nomme le “Movimento”. Un état de perpétuelle impermanence, dont l’artiste cherche à saisir la puissance esthétique tout autant que tragique.

Movimento, exposition du 18 février au 31 mars à la Galerie de l’Europe, 55 rue de Seine, 75006 Paris.

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Photos: © Francesca Piqueras


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