Exposition « Matière Noire » de Baptiste Debombourg

Premier volet, dans le cadre de la Biennale internationale du verre de Strasbourg à la Chaufferie (du 1er octobre au 15 novembre), d’une trilogie qui se poursuit à la Maison Rouge, Fondation Antoine de Galbert (17 octobre) et à la Galerie Patricia Dorfmann (24 octobre), à Paris.

Ce que dit Audrey Teichmann, commissaire de l’exposition: « La « matière noire » est une expression aussi suggestive que sa nature est problématique. Déduite de l’effet gravitationnel qu’elle semble exercer sur la matière visible dans l’Univers, dont elle constitue au moins un quart, la « matière sombre » ne peut faire l’objet que d’hypothèses. Ce sont les mystères et nécessités de cette méconnue du cosmos que Baptiste Debombourg injecte dans son installation de la Chaufferie : un amas immersif de verre noir, ponctué d’un masque.

Un feuilletage obscur s’écoule par paliers comme une mer galactique où la brisure fait écume. Le traitement matériel du monochrome noir convie en l’œuvre un statut au moins double, sculptural et pictural, et accroît les questions qu’elle prend en charge : cadre, plan, lignes de fuite, surfaces, volume, reflets, posture du spectateur, invité à marcher sur sa surface accidentée, que chaque pas fait crisser. La dimension sonore dont l’œuvre se revêt alors est l’un des pans de sa nature phénoménologique : une œuvre à vivre, autant qu’à voir. Une œuvre au noir, expérience de séparation de la substance autant « qu’épreuves » symboliques « de l’esprit se libérant des routines et des préjugés ».

C’est en traversant l’installation que se révèlent ces préjugés de surface, ou visions douteuses, que son aspect de miroir engendre. Le basculement de la pièce, induit par la forme quasi totémique, blanche, du mur – morceau résiduel de l’état originel de la salle -, accentue le caractère instable du reflet. Les brisures sont les conditions des angles, qui déconditionnent le corps : sa posture devient critique. Le masque installé là où l’écoulement s’interrompt reproduit indéfiniment ce simulacre par diffraction du verre, et renvoie à celui qui s’y aperçoit une image mouvementée d’apparition et de disparition. « Le reflet est une présence qui n’a pas (de) lieu ».

Plutôt qu’un non-lieu, il est un site au caractère indéfini, espace révélé par le temps de déambulation, espace-temps à l’aura spéculaire. Sous le glacis du verre, sa plainte quand on le foule, germent des images où ciel et sol se confondent, en un « univers réversible » .Il s’agit là des restes et conséquences d’un événement : compression extrême – à l’origine du diamant et du charbon – ou évaporation spatiale. L’on hésite entre expansion et réduction de cette matière noire, source d’un mysticisme auquel son matérialisme pourrait contrevenir.

C’est l’un des effets secondaires de ce noir, profond de densité et d’enfouissement : être au-delà, « outre »… « Outrenoir pour dire : au-delà du noir une lumière reflétée, transmutée par le noir », « noir qui, cessant de l’être, devient émetteur de clarté, de lumière secrète », « un champ mental autre que celui du noir». « Autre » ou déplacé, car ce monochrome-ci suit la course des constellations, des eaux souterraines, des failles minières, des échappées cosmiques, bas et haut propres à une même expérience du glissement. »

HEAR – La Chaufferie – 5 rue de la Manufacture des Tabacs, Strasbourg

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Photos: Courtesy Galerie Patricia Dorfmann – Paris (FR) / Krupic Kersting – KUK – Cologne (DE) 2015

source: communiqué de presse v2com


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