Interview Atelier Emmaüs + Ferréol Babin / Ionna Vautrin / Studio 5.5, onzième binôme de l’Incubateur French Design

C’est vendredi, dans quelques heures c’est le week-end, le printemps est arrivé et pour couronner le tout, une nouvelle interview vous est proposée ! Elle n’est pas belle la vie ? Cet onzième et avant-dernier binôme de l’Incubateur French Design, édition 2019, est un peu particulier car il est composé de quatre entités et pas des moindres… Mais je n’en dis pas plus je vous laisse les découvrir dans l’interview qui suit.

Notre présentation des binômes à travers ces quelques questions vous permet d’entrer dans l’histoire de leur projet respectif, comprendre leur problématique, découvrir l’univers et les talents de chacun afin de les suivre dans l’avancée de leur travail.

Ainsi, nous remercions l’Atelier Emmaüs, Ionna Vautrin, Ferréol Babin et Studio 5.5, d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !

Petit rappel avec une présentation succincte :

Atelier Emmaüs est une maison d’édition dont l’impact social et l’objectif environnemental sont primordiaux dans la conception des objets et du mobilier créés. Ils répondent également à des demandes de projets d’aménagements et d’agencements intérieurs pour entreprises, collectivités, architectes etc.

Ionna Vautrin est une designer reconnue, son travail est une rencontre entre poésie et industrie. Elle dessine des objets du quotidien aux formes organiques et géométriques dans un style ludique et coloré.

Ferréol Babin est un designer plasticien, il développe des projets allant du design industriel, à la scénographie, en passant par des installations conceptuelles. Il partage son temps entre la conception de produits pour des fabricants de mobilier et luminaire, et la création de pièces uniques et sculpturales pour des galeries et des clients privés.

Studio 5.5, collectif de travail devenu studio, rassemble des talents créatifs pluridisciplinaires dans une démarche de design global. Ils enchaînent les réalisations emblématiques qui construisent leur ascension et leur notoriété.

Bonjour à tous, pouvez-vous définir votre travail en une phrase ?

Atelier Emmaüs: Menuiserie d’agencement et maison d’édition, engagée avec passion pour une société inclusive et économe en ressources naturelles.
Ionna Vautrin: Une rencontre entre poésie et industrie.
Ferréol Babin: Une approche assez brute des matériaux et du travail de la main contrastée par une recherche d’harmonie et de sensibilité.
5.5: Créer des objets de beau sens, éloigner le design d’un jugement purement stylistique, créer des objets justes par rapport à l’époque, qui agissent sur nos comportements et qui questionnent nos modes de vie.

Le design pour vous en trois mots ?

Atelier Emmaüs: Écoute vers Intention.
Ionna Vautrin: Formel – Fonctionnel – Emotionnel.
Ferréol Babin: Un langage – Un moyen de donner vie à des choses – Un côté pragmatique.
5.5: Discipline – Engagement – Politique.

Si vous étiez un matériau ?

Atelier Emmaüs: Aggloméré mélaminé, de récupération !
Ionna Vautrin: La porcelaine.
Ferréol Babin: Le bois.
5.5: Un matériau naturel et plutôt souple.

Si vous étiez un lieu ?

Atelier Emmaüs: Un point de rencontre entre les Hommes : la place du village.
Ionna Vautrin: La Bretagne.
Ferréol Babin: Le Japon.
5.5: Notre agence, 8 rue Popincourt dans Paris.

Définissez votre binôme en trois mots

Atelier Emmaüs: Chanceux / Energisant / Sourire.
Ionna Vautrin: Spontané / Touchant / Motivant.
Ferréol Babin: Liberté / Social / Dialogue.
5.5: Rencontre / Enjeux sociétaux / Pleine d’avenir.

Pouvez-vous nous raconter comment est née votre collaboration ?

Ionna Vautrin: La Fabrique, agenceur près de Lyon, travaillait avec moi sur une scénographie. Mon déplacement sur place a été l’occasion de rencontrer l’Atelier Emmaüs, que la Fabrique avait pris sous son aile pour son démarrage.
Ferréol Babin: Lisa Lejeune, directrice artistique d’Atelier Emmaüs de l’époque, a créé un beau lien. Nous sommes partis d’un intérêt mutuel pour les travaux de l’autre via Facebook pour démarrer cette collaboration.
5.5: Puces du design en 2017, le studio voulait mettre en avant des jeunes structures innovantes et l’atelier Emmaüs a été sélectionné pour sa démarche de récupération avec le meuble Henri.

Pourquoi avoir candidaté au programme de l’Incubateur French Design ? Concernant l’accompagnement proposé, quel outil ou service vous est le plus utile ?

Atelier Emmaüs: Hormis de jolies collaborations en route, nous avions tout à découvrir du monde de l’édition : chaine de valeur, distribution, communication etc. Nous avons particulièrement apprécié le conseil avisé pour le choix d’un nouveau DA.

Quel est votre projet commun ? Quels enjeux cela représente-t-il pour vous ?

Ionna Vautrin: Il s’agit des statuettes Smala : composées de trois stèles aux proportions légèrement variées, cette famille se transforme tour à tour en personnages ou en animaux. Basées sur un support pouvant évoluer au gré des saisons, ces statuettes peuvent s’habiller et se décorer selon différents thèmes ou histoires. Seul ou en famille, elles se veulent simples et amusantes : des petites figurines « coup de cœur », facile à offrir et placer dans une maison !
Travailler avec l’Atelier Emmaüs oblige à mettre en œuvre une philosophie assez peu courante dans le métier : celle d’un cercle vertueux entre l’objectif social et l’objectif environnemental. L’objet qui résulte de notre collaboration n’est pas fonctionnel : il a été pensé pour être communicant et accessible car il doit porter efficacement cette philosophie.
Ferréol Babin: L’enjeu premier est de dessiner un objet qui soit à la fois dans mon univers et qui réponde en même temps aux besoins concrets de l’Atelier Emmaüs. C’est un exercice pur et dur de design : le brief est très contraint et l’objet qui ressort de la collaboration doit répondre à la nécessité de la démarche de l’Atelier Emmaüs.
5.5: Il s’agit d’un set de 4 patères. Elles sont un support d’apprentissage et facile à produire pour démarrer un parcours de formation. L’objet est composé de disques, qui sont le résultat d’un évidement à la scie cloche. Nous sommes partis de ce qui est habituellement un déchet pour le mettre au premier plan.

Qu’attendez-vous les uns des autres dans le cadre de cette collaboration ?

Ionna Vautrin: C’est déjà réalisé à 95% : les prototypes sont parfaits, au-delà de ce que j’espérais ! Je souhaite maintenant que ces objets fabriqués en série parlent aux gens et qu’ils contribuent à faire fonctionner le système que l’Atelier Emmaüs met en place.
Ferréol Babin: Surtout pouvoir être utile, sans forcément attendre quelque chose en retour. Le plus important pour moi c’est que l’Atelier Emmaüs puisse faire perdurer son projet social et environnemental.
5.5: Former le plus possible, diffuser les savoir-faire pour défendre les métiers de la main qui sont indispensables aux designers. Nous souhaitons aussi que ce beau projet continue pour son impact social et environnemental.
Atelier Emmaüs: Notre demande à Ionna, à Ferréol et aux 5.5 était de saisir l’intention pédagogique des objets. Le cahier des charges n’a précisé aucune typologie, mais a plutôt mis en avant l’importance des process de fabrication. Nous sommes ravis du résultat.

À quelle étape en êtes-vous aujourd’hui ?

Atelier Emmaüs: Les prototypes de Smala sont finis et validés. Nous allons pouvoir étudier le passage en série. Nous allons aussi démarrer le travail sur la distribution. Pour la lampe de Ferréol Babin et pour les patères des 5.5, les prototypes sont en cours de validation. Tout ce travail est orchestré par nos Directeurs Artistiques du Studio Notaroberto-Boldrini.

Quelles sont vos sources d’inspirations ? Comment nourrissez-vous la réflexion autour de ce projet ?

Ionna Vautrin: Les process pédagogiques de l’Atelier Emmaüs ont joué un rôle central pour cette première collaboration. Les matériaux de récupération sont aussi une belle source d’idées.
Ferréol Babin: Ce qui m’a surtout guidé, c’était les matériaux à disposition (baguettes de bois et strates d’aggloméré). Les process utilisés ont aussi eu un rôle à jouer. Je suis parti de ce qu’on me donnait et je l’ai mis en volume avec ma créativité et la sensibilité pour créer cet objet.
5.5: L’histoire de l’Atelier Emmaüs ! Bien sûr, nous travaillons depuis 15 ans sur cette problématique, mais l’Atelier Emmaüs a posé un cadre spontané et créatif autour des machines et des savoir-faire transmis qui nous a beaucoup parlé. D’une manière générale, ce sont les gens plus que les objets qui nous inspirent.

Dans quelques mois, nous retrouverons le quatuor pour faire un point sur l’avancée de leur projet. Nous vous donnons rendez-vous la semaine prochaine pour l’interview d’un autre binôme !

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