Révélation des créations « Georges, Hélène, Auguste, Philibert, Sully et Smala » par Atelier Emmaüs + Ferréol Babin / Ionna Vautrin / Studio 5.5, neuvième binôme de l’Incubateur French Design

Nouvelle année, nouvelle révélation de l’édition 2019 de l’Incubateur du French Design et pas des moindres ! Celle d’un binôme « a plusieurs têtes » composé d’une maison d’édition, l’Atelier Emmaüs et de trois designers reconnus, Ferréol Babin, Ionna Vautrin et le Studio 5.5.

Chacun des trois a réalisé sa propre création mais tous sont partis d’un matériau identique, le bois et pas n’importe quel bois, celui de récupération. Car, pour rappel, l’Atelier Emmaüs est une maison d’édition dont l’impact social et l’objectif environnemental sont primordiaux dans la conception des objets et du mobilier créés. Autre détail d’une grande importance, les trois créations racontent une histoire, un clin d’oeil fort à l’histoire d’Emmaüs.

Petit tour de table de ces différentes collaborations qui ont donné naissance à Georges, Hélène, Auguste, Philibert, Sully et Smala.

Ferréol Babin a créé Georges, une lampe à poser au design graphique qui offre deux visages. En effet, lorsqu’elle est éteinte c’est sa composition que l’on remarque, ses baguettes de bois et leur couleur mais une fois éclairée, c’est son ombre projetée qui fait le show ! Georges est fabriquée à partir de montants d’anciennes fenêtres en bois massif prélevées sur des chantiers de déconstruction (abat-jour) et de panneaux d’aggloméré déclassés par l’industrie (socle).

L’histoire d’Emmaüs nous raconte un autre Georges, un homme éteint, brisé, que l’Abbé Pierre rencontre en 1949 en lui disant : “Je ne peux rien te donner, je n’ai rien. Mais toi qui as tout perdu, tu peux m’aider à aider les autres”. Alors Georges s’est rallumé et a bâtit la première communauté Emmaüs. 70 ans plus tard, 4 500 compagnons d’Emmaüs font scintiller le souvenir de cette rencontre fondatrice.

Le Studio 5.5 est parti de « chutes de chutes », des petits morceaux de dérivés de bois rebutés par des ateliers d’artisans (pièces rondes) et a ainsi donné vie à un set de quatre patères : Hélène, Auguste, Philibert et Sully. Elles trouveront leur place aussi bien dans une chambre que dans un couloir ou une entrée, utilisables ensemble ou séparément. La superposition des couleurs et du bois clair rend chaque patère différente et ludique.

Ces quatre prénoms sont des hommages : Auguste et Philibert interdirent à l’Abbé Pierre de mendier en 1951, car ils préféraient vivre dignement du travail de la récupération, devenu 70 ans plus tard, une expertise d’Emmaüs. Hélène Larmier rendit possible l’insurrection de bonté de 1954 en prêtant son hôtel parisien pour y accueillir les dons qui arrivaient en masse. Et c’est sous les arches du Pont de Sully à Paris qu’en 1956, les compagnons d’Emmaüs construisirent des logements de fortune en une nuit, piqués par une provocation ministérielle.

Enfin, Ionna Vautrin a imaginé toute une famille, d’où son nom Smala composée de plusieurs figurines prenant la forme de personnages ou d’animaux et réalisées dans une seule pièce de bois. Ces adorables petites statuettes prennent vie à partir de chutes de charpentes ou de scénographie. Elles habilleront avec malice et simplicité une pièce ou un meuble.

Pour ceux qui souhaitent se replonger dans l’historique du binôme, dans la genèse et la vie du projet, une petite piqure de rappel avec l’interview en début d’incubation et son avancée à mi-parcours.

Notre toute première interview :

Bonjour à tous, pouvez-vous définir votre travail en une phrase ?

Atelier Emmaüs: Menuiserie d’agencement et maison d’édition, engagée avec passion pour une société inclusive et économe en ressources naturelles.
Ionna Vautrin: Une rencontre entre poésie et industrie.
Ferréol Babin: Une approche assez brute des matériaux et du travail de la main contrastée par une recherche d’harmonie et de sensibilité.
5.5: Créer des objets de beau sens, éloigner le design d’un jugement purement stylistique, créer des objets justes par rapport à l’époque, qui agissent sur nos comportements et qui questionnent nos modes de vie.

Le design pour vous en trois mots ?

Atelier Emmaüs: Écoute vers Intention.
Ionna Vautrin: Formel – Fonctionnel – Emotionnel.
Ferréol Babin: Un langage – Un moyen de donner vie à des choses – Un côté pragmatique.
5.5: Discipline – Engagement – Politique.

Si vous étiez un matériau ?

Atelier Emmaüs: Aggloméré mélaminé, de récupération !
Ionna Vautrin: La porcelaine.
Ferréol Babin: Le bois.
5.5: Un matériau naturel et plutôt souple.

Si vous étiez un lieu ?

Atelier Emmaüs: Un point de rencontre entre les Hommes : la place du village.
Ionna Vautrin: La Bretagne.
Ferréol Babin: Le Japon.
5.5: Notre agence, 8 rue Popincourt dans Paris.

Définissez votre binôme en trois mots

Atelier Emmaüs: Chanceux / Energisant / Sourire.
Ionna Vautrin: Spontané / Touchant / Motivant.
Ferréol Babin: Liberté / Social / Dialogue.
5.5: Rencontre / Enjeux sociétaux / Pleine d’avenir.

Pouvez-vous nous raconter comment est née votre collaboration ?

Ionna Vautrin: La Fabrique, agenceur près de Lyon, travaillait avec moi sur une scénographie. Mon déplacement sur place a été l’occasion de rencontrer l’Atelier Emmaüs, que la Fabrique avait pris sous son aile pour son démarrage.
Ferréol Babin: Lisa Lejeune, directrice artistique d’Atelier Emmaüs de l’époque, a créé un beau lien. Nous sommes partis d’un intérêt mutuel pour les travaux de l’autre via Facebook pour démarrer cette collaboration.
5.5: Puces du design en 2017, le studio voulait mettre en avant des jeunes structures innovantes et l’atelier Emmaüs a été sélectionné pour sa démarche de récupération avec le meuble Henri.

Pourquoi avoir candidaté au programme de l’Incubateur French Design ? Concernant l’accompagnement proposé, quel outil ou service vous est le plus utile ?

Atelier Emmaüs: Hormis de jolies collaborations en route, nous avions tout à découvrir du monde de l’édition : chaine de valeur, distribution, communication etc. Nous avons particulièrement apprécié le conseil avisé pour le choix d’un nouveau DA.

Quel est votre projet commun ? Quels enjeux cela représente-t-il pour vous ?

Ionna Vautrin: Il s’agit des statuettes Smala : composées de trois stèles aux proportions légèrement variées, cette famille se transforme tour à tour en personnages ou en animaux. Basées sur un support pouvant évoluer au gré des saisons, ces statuettes peuvent s’habiller et se décorer selon différents thèmes ou histoires. Seul ou en famille, elles se veulent simples et amusantes : des petites figurines « coup de cœur », facile à offrir et placer dans une maison !
Travailler avec l’Atelier Emmaüs oblige à mettre en œuvre une philosophie assez peu courante dans le métier : celle d’un cercle vertueux entre l’objectif social et l’objectif environnemental. L’objet qui résulte de notre collaboration n’est pas fonctionnel : il a été pensé pour être communicant et accessible car il doit porter efficacement cette philosophie.
Ferréol Babin: L’enjeu premier est de dessiner un objet qui soit à la fois dans mon univers et qui réponde en même temps aux besoins concrets de l’Atelier Emmaüs. C’est un exercice pur et dur de design : le brief est très contraint et l’objet qui ressort de la collaboration doit répondre à la nécessité de la démarche de l’Atelier Emmaüs.
5.5: Il s’agit d’un set de 4 patères. Elles sont un support d’apprentissage et facile à produire pour démarrer un parcours de formation. L’objet est composé de disques, qui sont le résultat d’un évidement à la scie cloche. Nous sommes partis de ce qui est habituellement un déchet pour le mettre au premier plan.

Qu’attendez-vous les uns des autres dans le cadre de cette collaboration ?

Ionna Vautrin: C’est déjà réalisé à 95% : les prototypes sont parfaits, au-delà de ce que j’espérais ! Je souhaite maintenant que ces objets fabriqués en série parlent aux gens et qu’ils contribuent à faire fonctionner le système que l’Atelier Emmaüs met en place.
Ferréol Babin: Surtout pouvoir être utile, sans forcément attendre quelque chose en retour. Le plus important pour moi c’est que l’Atelier Emmaüs puisse faire perdurer son projet social et environnemental.
5.5: Former le plus possible, diffuser les savoir-faire pour défendre les métiers de la main qui sont indispensables aux designers. Nous souhaitons aussi que ce beau projet continue pour son impact social et environnemental.
Atelier Emmaüs: Notre demande à Ionna, à Ferréol et aux 5.5 était de saisir l’intention pédagogique des objets. Le cahier des charges n’a précisé aucune typologie, mais a plutôt mis en avant l’importance des process de fabrication. Nous sommes ravis du résultat.

À quelle étape en êtes-vous aujourd’hui ?

Atelier Emmaüs: Les prototypes de Smala sont finis et validés. Nous allons pouvoir étudier le passage en série. Nous allons aussi démarrer le travail sur la distribution. Pour la lampe de Ferréol Babin et pour les patères des 5.5, les prototypes sont en cours de validation. Tout ce travail est orchestré par nos Directeurs Artistiques du Studio Notaroberto-Boldrini.

Quelles sont vos sources d’inspirations ? Comment nourrissez-vous la réflexion autour de ce projet ?

Ionna Vautrin: Les process pédagogiques de l’Atelier Emmaüs ont joué un rôle central pour cette première collaboration. Les matériaux de récupération sont aussi une belle source d’idées.
Ferréol Babin: Ce qui m’a surtout guidé, c’était les matériaux à disposition (baguettes de bois et strates d’aggloméré). Les process utilisés ont aussi eu un rôle à jouer. Je suis parti de ce qu’on me donnait et je l’ai mis en volume avec ma créativité et la sensibilité pour créer cet objet.
5.5: L’histoire de l’Atelier Emmaüs ! Bien sûr, nous travaillons depuis 15 ans sur cette problématique, mais l’Atelier Emmaüs a posé un cadre spontané et créatif autour des machines et des savoir-faire transmis qui nous a beaucoup parlé. D’une manière générale, ce sont les gens plus que les objets qui nous inspirent.

Où en était le projet de l’Atelier Emmaüs et de Ferréol Babin à mi-parcours :

Dessin de l’environnement du projet par Ferréol Babin

Dessin de l’environnement du projet par Zoé Touchard

Bonjour Ferréol, bonjour Zoé pouvez-vous nous donner le nom du projet, sans donner la typologie de l’objet ?

Ferréol et Zoé: « GEORGES »

Décrivez l’environnement du projet en 3 mots :

Ferréol Babin: beauté, scintillement, clarté
Zoé Touchard: précision, harmonie, sensibilité

Quels sont les matériaux utilisés pour le projet ?

Ferréol et Zoé: tasseaux de chêne et de bois exotique provenant d’anciennes fenêtres prélevées sur des chantiers de déconstruction / panneaux d’aggloméré déclassés par l’industrie.


Nous espérons que cette neuvième révélation vous a séduits et intéressés. Restés connectés, dans quelques jours, nous vous dévoilerons la création d’un nouveau binôme !!

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