Samir Mazer, surface designer et artiste

Dessiner une forme dont la répétition sera la finalité. Samir Mazer est un artiste qui a choisi le carreau d’argile marocain, à la surface si irrégulière et si sensuelle, pour créer des motifs, donc du rythme.

« La répétition d’une forme et d’une couleur sur un carreau de zellige est un exercice musical. Il s’agit de dessiner un pixel, un module, puis de le sampler pour en faire une trame. ». Un exercice trop difficile et trop discret pour ne pas être souvent copié par les grandes marques et les créateurs dont le logiciel mental est incapable de prévoir l’enchaînement des formes dans l’espace.

Passé par l’école des Beaux Arts de Casablanca au milieu des années 90, Samir Mazer arrive à Toulouse en 2000 pour parfaire sa culture plastique avec un master de design industriel, où il rencontre sa compagne et sa partenaire au sein des Ateliers Zelij. Le zellige est alors ce petit carreau d’argile de Fez aux motifs traditionnels hérité de l’âge d’or qui a vu naître l’Alhambra. Un format unique de 10 x 10 cm, émaillé, cuit et taillé à la marteline traditionnelle auquel le four à bois donne son irrégularité de teinte et de surface si reconnaissable. Le zellige est alors un assemblage de tesselles produisant des formes uniques produites en petite série.

« Pour qu’une culture reste vivante, il ne suffit pas de la préserver, il faut aussi la ré-inventer. Samir est d’abord un artiste qui manie la palette des émaux. Paul Klee faisait des compositions de taches de lumière, Samir Mazer fait des peintures-zelliges, fresques murales cinétiques ou contemplatives » comme le souligne Salima Naji, architecte anthropologue.

Fabriqués à Fez depuis le XII° siecle pour la qualité de son argile, qui se taille avec le plus de facilité, les assemblages de zelliges imaginés par Samir Mazer et édités par Ateliers Zelij offrent des formats et des compositions picturales qui rompent avec les codes millénaires de l’art arabo-andalous. A moins que cela ne soit un retour aux sources, à l’essence même de la géométrie si chère à cette culture ?

Ce nouveau langage et cette approche contemporaine ont séduit d’abord les artisans marocains, dépositaires de ce savoir-faire ancestral, puis les décorateurs français les plus prestigieux comme Vincent Darré, Tristan Auer ou Laura Gonzalez pour lesquels Samir Mazer propose des séries sur mesure en marge de ses éditions contemporaines. À Fez, Samir Mazer rencontre l’atelier dont le savoir-faire ancestral lui assure les plus prestigieuses commandes. Il conquit alors rapidement les héritiers par ses innovations formelles. « J’ai commencé par casser les codes avec un format de 2 x 2 cm plus proche du pixel, entre la mosaïque et le carreau, qui m’a permis d’inventer des rythmes contemporains plus nerveux ».

L’autre innovation arrivera grâce au leader mondial des résines epoxydiques qui, début 2010, développe une résine spécifique au zellige pour préjointer et pré-assembler les carreaux par plaques standard de 30 x 30 cm. Samir Mazer reprend alors son rôle de designer industriel pour conceptualiser, optimiser et démocratiser ses dessins. Ses trames de zelliges sont désormais façonnées au Maroc et capables de voyager sans casse.

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