Théo Coutanceau Domini est un architecte et photographe qui vit et exerce à Bordeaux depuis une dizaine d’années. En 2015, il rencontre le photographe japonais Hisao Suzuki, personnalité de l’architecture contemporaine avec qui il a appris à rechercher le beau dans l’obscur.

Cette rencontre l’a amené à initier de nombreux voyages architecturaux et lui a permis de collaborer avec des agences comme RCR Arquitectes, Rudy Ricciotti ou encore Antonio Jimenez Torrecillas.

Sa pratique de l’architecture est en ce sens étroitement lié à celle de la photographie car toutes deux cherchent à interroger la place du corps comme lieu de perception de pensée et de conscience.

Aujourd’hui Théo nous présenter son projet de maison/atelier située dans le centre ville de Bordeaux. Ce lieu dans lequel il vit, conçoit et développe ses projets est une ancienne construction de pierre du quartier historique du Sacré Coeur.

La maison est une ruine restructurée et refaite dans laquelle l’espace de vie principal rassemble toute les fonctions.

C’est un lieu dans lequel la maison traditionnelle n’est plus perceptible et où se matérialise une atmosphère sobre et rustique qui isole, interroge, et convoque notre imaginaire. Ici, rien n’attire l’attention sur soi, ou ne s’expose démesurément. Théo aime y vivre entouré de peu de choses, amplifié par la beauté des éléments bruts.

« L’architecture de pierre, extraite du sol, pré-existante à l’homme, ne dure pas uniquement par sa robustesse, mais parce qu’elle appartient irrévocablement au temps qui passe.

Un des éléments les plus sûrs de sa beauté est qu’elle ne coïncide pas parfaitement avec son temps. »

Rien de ce qui pré-existait n’est équarri ni droit mais les proportions sont exactes. Le manque de parure et d’opulence de ces vieilles habitations soulignent l’archaïsme de leurs matériaux.

Elle révèle à nos yeux une certaine propension à concevoir l’architecture comme une expérience du dénuement, une confrontation à l’essentiel. Empreinte d’années d’occupation, la beauté intrinsèque des bois grisés, des pièces oxydées et de la pierre érodée nous projette dans leur part incomplète et fragmentée.

Ici, l’influence du lieu donne à penser les choses différemment.

L’endroit ne se réduit pas seulement au plaisir et à l’émotion esthétique, il nous incite à ré-interroger notre propre notion du confort et nous expose que le luxe réside davantage dans notre manière de vivre un espace plus que dans l’apparence de matériaux précieux.

L’environnement matériel ignore toute hiérarchie entre les matériaux. Chaque élément est le moins éloigné possible de son état d’origine et ne s’expose pas démesurément. Il n’y a pas de finitions, la structure est la finition et expose la beauté́ des choses crues. Seules persistent les nécessités nues, meublées sans excès.

Ni chaises, ni fauteuils, une table monacale en noyer massif, un banc, un drap blanc tendu pour projeter des films, des assises de cuir à même le sol.

C’est un lieu qui ne répond pas à une forme de vie domestique telle qu’on peut la trouver dans la maison traditionnelle. Le confort de ces espaces réside dans leur sérénité, dans leur charme. Ce n’est pas intimidant, ce n’est pas ruisselant de luxe. C’est quelque chose de très paisible, presque amical.

« Baigné dans une lumière indirecte, presque précaire, qui autorise la nuance, l’intensité lumineuse est contrainte pour retenir la beauté de l’ombre. La frontière des espaces, jamais bien fermée, exaspère la curiosité et fait naître une sensation d’immensité même si le lieu est petit.

Cet environnement révélé en son état le plus primitif nous introduit dans une nouvelle manière de réagir, d’éprouver et de comprendre ce qui nous entoure. Support d’une expérience avec nous-même qui façonne notre goût pour le contemplatif et nous fait vivre chaque instant plus intensément.

Des espaces imaginés pour penser, converser, vivre et habiter. »

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